Saint Martin et l’Europe : 1700 ans d’histoire

Publié le 11 Novembre 2015

De l’Irlande à l’Italie, du Portugal à la Hongrie, le souvenir et le culte de saint Martin conservent une surprenante vivacité. En Belgique (feu de la Saint-Martin à Xhoffray), en Allemagne (Sankt Martin Tag) comme en Pologne (Procession de Poznan), de nombreux rassemblements, cultuels ou festifs, perpétuent sa mémoire. Etonnante postérité pour ce saint pourtant né en 316, à Sabaria en Pannonie, aujourd’hui Szombathely dans l’actuelle Hongrie – terre de tant d’hommes illustres de laquelle naîtront, également, saint Etienne de Hongrie, Jean Hunyade, Lajos Kossuth ou encore Franz Liszt.

Mais revenons aux temps anciens de l’Europe. Enfant, saint Martin suit son père, tribun de l’armée romaine, en Italie. Sa conversion au christianisme interviendra en 326. Enrôlé dans l’armée romaine à quinze ans, il sert dans la cavalerie de la garde impériale. Recevant le baptême en 354, il quitte l’armée à Worms deux ans plus tard. Saint Martin se rend alors à Trèves, se rapproche de l’évêque Maximim, originaire de Poitiers, qui l’emmène avec lui dans sa ville natale. Saint Martin y devient le disciple de saint Hilaire : ainsi se lie, avec notre terre, le destin de celui qui sera considéré, après sa mort, comme « l’apôtre de la Gaule ».

Souhaitant revoir son pays, saint Martin retourne en Pannonie, évangélisant au passage l’Illyrie – actuels Balkans. On le retrouve ensuite, en 358, ermite près de Milan. Chassé par Auxence, évêque arien de cette cité, il se retire sur l’île de Gallinara près de la côte ligure. De retour à Poitiers après un court passage à Rome, il est ordonné diacre puis prêtre en 361. Il s’installe alors à Ligugé, qui devient sous son influence le plus grand monastère d’Occident.

Arrivé à Tours en juin 371, il y est ordonné évêque en juillet de la même année - le 4 plus précisément, qui deviendra la fête dite de la saint Martin d’été au Moyen Age. Il se retire à Marmoutier en 372 : l’ermitage devient rapidement monastère.

Ses pérégrinations ne s’arrêtent pas là : on le retrouve à Trèves auprès de l’empereur Valentinien Ier, puis à Vienne en 380 au synode des évêques et enfin, en 384, au concile de Bordeaux. En 385, saint Martin est de retour à Trèves, cette fois auprès de l’empereur Maxime – une vie de service en somme, tant auprès des plus humbles auxquels il est fréquemment associé depuis l’épisode de la cape à Amiens, que des puissants qui gouvernent le monde: chacun, quel que soit son statut, se trouve appelé au royaume de Dieu et à la réalisation de ses œuvres.

Saint Martin meut à Candes le 8 novembre 397 et est inhumé à Tours trois jours plus tard. Son épopée ne s’arrêtera pas là : elle se poursuivra dans les cœurs et les âmes des millions d’Européens qui, à sa suite, se réclameront de son œuvre et de son héritage. Dès l’époque mérovingienne, les rois de France le considèrent comme un saint tutélaire. Louis XI, au XVème siècle, le qualifiera de « spécial tuteur de notre royaume ». Quatorze cathédrales lui seront dédiées en Europe, tout comme 3600 églises et 237 communes en France. Une communauté de prêtres, fondée en 1976 par l’abbé Guérin, porte son nom.

Saint Martin eut une vie d’engagement désintéressée, tant auprès des plus humbles que des empereurs, servant le Bien Commun, animé d'un esprit de vérité et de justice : quel plus noble appel, pour nous Chrétiens, à nous investir et à nous mobiliser au sein de la Cité et pour la Cité. 316 – 2016 : 1700 ans d’histoire nous contemplent.

Rédigé par Guillaume Durand

Publié dans #Vie de l'association, #Année Saint-Martin 2016

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