Homélie lors des Vêpres en l’honneur de saint Martin le 21 mai 2016 à saint Germain l’Auxerrois

Publié le 26 Mai 2016

Homélie lors des Vêpres en l’honneur de saint Martin  le 21 mai 2016 à saint Germain l’Auxerrois

Quel légitime sentiment de fierté et de joie habite notre cœur en célébrant solennellement aujourd’hui saint Martin. Il fut appelé le 13ème Apôtre, la perle des prêtres, le saint Evêque de Tours. Il fut encore un évangélisateur hors-pair, un modèle de pasteur, un thaumaturge impressionnant, la terreur des démons, un géant de la charité. C’est vraiment surprenant de découvrir la place qu’il a eu dans l’histoire de France, mais aussi de l’Europe tout entière. Il mériterait d’être déclaré patron de la Nouvelle Evangélisation pour le Continent Européen !

La coïncidence du Jubilé de la miséricorde et du 1700ème anniversaire de sa naissance présumée nous conduisent à évoquer cette grande figure spirituelle.

Attention ! Une telle démarche n’est pas destinée à évoquer le passé avec nostalgie en cherchant à le reproduire sans discernement. Le Cardinal Newman a montré que l’avenir de l’Eglise est « développement », déploiement, mais non répétition ou révolution. L’Eglise est un corps vivant dont la croissance implique de façon simultanée un approfondissement de ses racines (comme fidélité aux dons reçus, et garantie de sa fécondité) et un élargissement de sa « parure » (comme promesse et audace dans l’Esprit). Les circonstances, les mentalités, les opportunités changent. L’Eglise semble changer. Elle change tout en demeurant elle-même, car elle unit en elle ce qui est uni dans le Christ : la vérité et la vie.

En évoquant la vie de saint Martin, nous ne voulons pas appliquer des recettes d’hier sur des problèmes actuels. Nous voulons nous approcher d’un témoin du Christ qui fut attiré irrésistiblement par le feu qui habite son Cœur. Le secret de Martin se trouve dans ce « buisson ardent » - incombustum sed illuminans - (antienne liturgique du 1er janvier) - qui marque au fer rouge son existence, la conquiert et la conforme à celle de Jésus-Christ, vérité définitive de sa vie. C’est son rapport avec lui qui le garde et le préserve, le rendant étranger à la mondanité spirituelle, ainsi qu’à tout compromis et toute mesquinerie. C’est l’amitié avec son Seigneur qui le pousse à embrasser la réalité quotidienne avec la confiance de celui qui croit que ce qui est impossible à l’homme ne l’est pas pour Dieu.

Oui, Matin est un homme de feu. Cette vive flamme d’Amour l’animait intérieurement pendant ces temps de solitude à Ligugé ou à Marmoutier (habiter par un immense désir de Dieu, surtout celui de le rejoindre au Ciel, sa véritable patrie)  ; cette vive flamme rayonnait de son ermitage pour éclairer les chrétiens et les païens (Martin débordant de miséricorde sortait de sa solitude sacrée pour annoncer l’Evangile du Christ : c’était comme un débordement de son cœur) ; cette vive flamme réchauffait les pauvres de tout genre à Amiens ou à Tours (sa vie intérieure le rendait comme « hyper sensible » aux plus démunis) , et enfin cette flamme irradiait avec tendresse et fermeté sur ses frères de communautés (on le voit à Candes-saint-Martin (37), lorsque déjà très âgé, il va aller réconcilier ses frères moines divisés, au prix de sa propre vie). Pour lui, la charité n’a pas de prix.

Ce qui est grand chez cet homme, c’est qu’il s’est laissé saisir et gagner par ce Feu divin. Martin connait sa pauvreté. Il sait qu’il ne peut rien sans l’Esprit, qu’il n’est rien sans l’élan d’Amour du Père et du Fils. Il est très conscient qu’il reçoit tout de Dieu et que sa fécondité apostolique consiste à se laisser guider par l’Esprit, le feu divin. Il sait que l’Amour est tout. Il ne cherche pas d’assurances terrestres ou de titres honorifiques, qui poussent à mettre sa confiance en l’homme ; dans sa vie, il ne demande pour lui-même rien qui aille au-delà de ses besoins réels, et n’est pas préoccupé de s’attacher les personnes qui lui sont confiées. Son style de vie, simple et essentiel, toujours disponible, le rend crédible aux yeux des gens et le rend proche des humbles, dans une charité pastorale qui rend libres et attentifs aux autres.

Serviteur de la vie, il marche cordialement au pas des pauvres ; il s’enrichit de leur fréquentation. C’est un homme de paix et de réconciliation, un signe et un instrument de la tendresse de Dieu, attentif à diffuser le bien avec la même passion que d’autres prennent soin de leurs propres intérêts.

Quel fut son secret ?

Au terme du récit de sa mort, Sulpice Sévère écrit : « Plein de joie, Martin est accueilli dans le sein d’Abraham, l’humble et pauvre Martin entre au Ciel comblé de richesses ».

A cette lumière, je crois que son « succès » il le tient de sa grande humilité. Humilité, qui fut le fondement de sa charité catéchuménale, baptismale et pastorale. « Travaillons à l’humilité, écrira plus tard Saint Vincent de Paul, car d’autant plus quelqu’un sera humble, d’autant plus sera t-il charitable envers le prochain » (Œuvre, XI, 2). L’humilité est l’écrin protecteur de l’Amour selon Dieu. Celui qui est humble, communie au Christ. Celui qui est humble, non seulement est établi dans la vérité, mais il reste ouvert incessamment à l’action de Dieu. En lui ni découragement, ni présomption, ni suffisance hautaine. « La grâce est comme la pluie fécondante qui ruisselle sur les hauteurs mais s’accumule dans les vallées. Les sommets altiers ne peuvent la retenir et se dessèchent, les « dépressions s’en emplissent et verdoient » (S. Augustin, Sermon 130, 3, 3). Saint Martin a compris dans sa fréquentation assidue de Jésus que plus on est humble, plus on est réceptif. Et plus on est réceptif, plus on peut donner ! Les pauvres, c’est-à-dire les humbles sont « comblés » des biens de Dieu ; les riches, c’est-à-dire les orgueilleux « sont renvoyés les mains vides ».

Amen.

Rédigé par Don Paul Préaux

Publié dans #Année Saint-Martin 2016, #Messes & Fêtes chrétiennes

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